Trois éléments de comparaison pour prouver que le chômage était pire à vivre avant

Chômer était vachement plus compliqué à vivre il y a trente ans. C’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans cet article qui va aussi rendre un hommage à ma Maman. Ce mercredi 24 mars, c’était son anniversaire, elle aurait eu 71 ans. 


L’objectif de cet article est de vous expliquer que le statut de demandeur d’emploi était encore plus compliqué à vivre il y a trente ans. Mon raisonnement s’appuie sur trois éléments : l’offre de formations très large dans notre pays, la variété des services proposés aux demandeurs d’emploi (recherche d’emploi, rédaction de cv, de lettres de motivation, etc.) et l’arrêt de ce moment surréaliste qu’était le pointage. Un personnage sera au centre de mon raisonnement : ma Maman. Elle a eu à pâtir de très nombreuses fois de ces trois éléments (avant de finir par retrouver un emploi certes précaire) et ce, pour diverses raisons. Je vous adresse également un avertissement : cet article est empreint de nostalgie. Il sent la naphtaline à plein nez.

Les formations sont plus nombreuses et accessibles

Aujourd’hui, dès l’instant où un demandeur d’emploi veut se réorienter ou donner un coup de frais à sa formation initiale, il va trouver pléthores de centres de formations et de compétences pour l’accueillir. Même si tous ne se valent pas ! A l’époque de ma Maman, il y en avait peu et ils étaient souvent réservés à des métiers liés au bâtiment. Et donc… aux hommes. Je me souviens qu’elle avait un jour été convoquée pour une séance d’informations un peu spéciale : elle visait à former de futurs… maçons ! I Ma maman bien qu’intéressée (elle se voyait déjà en bleu de travail, la brouette à la main) s’est vite fait remballer : « Les femmes ne sont pas admises à cette formation, c’est une erreur de convocation ». Ouais, mes p’tites mains, y a trente ans, il existait encore beaucoup de métiers interdits aux femmes. 

Etre accompagné dans sa recherche d’emploi

A notre époque, les services d’aide aux demandeurs d’emploi sont nombreux. Que ce soit pour la recherche d’emploi ou la rédaction d’une lettre de motivation, les possibilités de trouver un conseiller désireux de vous aider sont réelles. Il y a trente ans, c’était plus délicat. En même temps… Avant, il ne fallait pas être Bac+8 pour rédiger un CV percutant. En deux temps, trois mouvements, l’affaire était pliée. 

Mieux vivre un statut appelé à s’éterniser

En 2021, entre les soft kills et les zines des recruteurs qui repoussent des CV parce que les couleurs ne leur plaisent pas, on a quinze fois plus de chance, malgré des compétences réelles et une grande motivation, de gonfler les statistiques du chômage à moyen et long terme ! Je demande donc officiellement le retour à la simplicité : comme ma Marraine l’a fait, je veux deux-trois phrases dans la lettre de motivation et deux-trois questions, grand max, à un entretien d’embauche. Si vous êtes 15 à vous manifester pour mes soutenir après la fin de cet article, je lance une pétition en ligne ! Le titre : « Pour les retour des candidatures d’embauche sans prise de tête » ! LOL 

Ma Maman, entrée jeune sur le marché du travail

Ah ma Maman ! Une vraie wonder woman. J’avoue que depuis quelques jours, sans doute l’effet de deux dates anniversaires consécutives, d’une période mondiale troublée, elle me manque plus que les sept autres années précédentes. Nostalgie quand tu me tiens. Il en a fallu peu pour que je décide de lui consacrer un article de mon blog. Il faut dire qu’elle ne l’a pas eu facile tout au long de sa vie. Mise au travail à 14 ans, elle a bossé dans une usine de confection avant de perdre son travail. S’en est suivie une traversée du désert avant de retrouver un emploi précaire en tant que technicienne de surface… ou d’aide-ménagère, ça dépend de quel côté on se place !

Savez-vous ce que pointer signifie ?

Aujourd’hui, le pointage fait partie des temps anciens dans notre pays. J’entends d’ailleurs une voix virtuelle se manifester devant l’écran : « C’était quoi ce truc ? » Le pointage est un moment de retrouvailles entre tous les chômeurs d’une ville en vue de se faire apposer un cachet sur un papier. Le pointage, c’est une réunion quotidienne de 300 personnes dans un réduit de 3m2, au fin fond d’une ville. Le pointage, c’était un moyen comme un autre de s’assurer que tu ne faisais pas la grasse mat’ tous les jours, que tu ne bossais pas sans être déclaré et que tu n’étais pas parti te dorer la pilule à Maui sur le compte de l’Etat.

Une salle de pointage pas très cosy

De façon plus pratique, je vais vous parler du pointage où ma Maman m’emmenait régulièrement. Le pointage était organisé dans un garage communal où les véhicules de la police locale étaient entreposés. Là, des dizaines de demandeurs d’emploi faisaient la file pour qu’un fonctionnaire mette un cachet sur leur carte de pointage qu’ils devaient remettre à la fin du mois à leur organisme de paiement. Je me rappelle le bruit – parce que tout le monde parlait en même temps -, les odeurs – parce que certains ne se… Nan rien ! Laissez tomber ! Ne me lancez pas sur le terrain de l’hygiène -, et les énervements parce que le contrôle durait en longueur, qu’il faisait chaud et qu’il n’y avait aucun système de climatisation ou que le fonctionnaire était mal luné. 

Le mot de trop qui énerve tout le monde

Un fonctionnaire mal luné, ça n’arrive pas ! Si, si, ça peut arriver, c’est rare mais ça peut arriver. LOL .. Souvent tout partait d’un demandeur d’emploi qui lançait une blague ratée, un bon mot qui n’en était pas un, et bam ! tout partait en vrille. Le fonctionnaire vexé baissait le store du guichet (une bête porte placée entre deux pièces et coupée où on avait posé une vitre de séparation) et les gens devaient patienter. Le délai de cette pause variait en fonction du degré de vexation du fonctionnaire. S’il avait de l’autodérision, il restait à son poste. Touché par la remarque, il fermait dix minutes. Mais s’il se sentait humilié, ça pouvait durer des heures. 

Parfois, c’était magouille et cie

Il y avait aussi eu une sombre affaire de fraude au pointage. Genre celle de la STIB, en bref ! A l’époque, ce dossier avait égalé le tôlé provoqué par l’emploi d’une sorcière par Carla Moreau pour éliminer ses petits camarades des Marseillais. Plusieurs individus avaient filé leur carte de chômage à des tiers pour prendre leur place et comme le fonctionnaire chargé du cachet avait son attention scotchée par la carte qu’il devait tamponner de son sceau impérieux, il ne voyait pas qu’il avait vu défiler la même personne cinq fois de suite. Ouais… j’ai tendance à voir l’explication la moins tordue…

La punition a été générale

Les retombées n’ont pas tardé à se faire sentir. La punition a été générale, comme à l’école. Y en a qui fout le bazar pendant une projection de film, ses petits copains de classe sont aussi punis et doivent rédiger dix pages sur l’inexistence prétendue de William Shakespeare (interdiction de se marrer pour le sujet choisi, ça m’est vraiment arrivé !). L’ONEM a alors décidé de changer chaque jour les horaires du pointage. A l’époque, il n’y avait pas de GSM donc si tu ne te pointais pas à l’heure dite – c’était la cas de le dire -, tu ne savais jamais quand était prévu le contrôle du lendemain. Un jour, c’était à 10h, le lendemain 15h… Ils ont même été jusqu’à organiser deux rendez-vous quotidiens. Ca, ça a bien fait râler ma Maman. Elle n’avait pas de voiture, habitait à l’autre bout de la ville, dans un appartement situé au 3e étage ! Du coup, quand elle venait me chercher à l’école, elle faisait la gueule.

Je vous liste quelques points positifs

Le pointage avait quand même des points positifs. Maman s’était créé une bande de copines. Un peu comme dans Desperate Housewives. C’était cool de les écouter s’échanger des ragots (c’est sans doute à elles que je dois mon intérêt actuel pour Closer), des astuces et des secrets perso. Moi, j’écoutais. Je ne faisais de bruit sous AUCUN prétexte. Si non, conscientes qu’elles avaient été sous écoute pendant leurs conversations, elles se taisaient aussi net et moi, je passais à côté des infos les plus croustillantes. Et comme j’ai une excellente mémoire, je les recase de temps en temps dans les nouvelles que j’écris. Autre anecdote marrante, c’était souvent là que les nouvelles histoires d’amour naissaient. C’est connu : la promiscuité, ça rapproche. D’ailleurs, ma maman avait ses têtes masculines préférées. Quelques crushs ! Mais chuuuut ! Là encore, je faisais semblant de ne rien voir, rien entendre, rien deviner.

Photo d’illustration – A l’époque vers 1985, le bureau de pointage des chômeurs de la ville d’Andenne (pas la ville dont je parle dans cet article) se trouvait en dessous de l’Hôtel de ville. © bibliotheca-andana – En haut, à droite, ma Maman à qui j’ai souhaité rendre hommage à l’occasion de son anniversaire le 24 mars.

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