Le documentaire « La gueule de l’emploi » : êtes-vous prêt(e) à tout pour travailler ?

J’ai visionné le documentaire « La gueule de l’Emploi » réalisé par Didier Cros en 2011. Défini comme « une comédie sur la cruauté du travail », il met en scène une dizaine de candidats en lice pour deux postes de commerciaux dans une entreprise spécialisée en assurance. Si vous êtes à la recherche d’un emploi, dépêchez-vous de le regarder : c’est hard mais très instructif !

Le documentaire « La gueule de l’Emploi » figurait sur ma liste des films à voir depuis longtemps. Passer un entretien est un jeu difficile : les questions ne sont jamais anodines et les réponses sont souvent formatées. Les recruteurs tendent des pièges, et les candidats tentent de les éviter. Je vous recommande plus que chaudement de regarder l’œuvre de Didier Cros ne serait-ce que pour préparer vos prochains entretiens d’embauche.

Réunis pour une procédure de sélection collective

Ils s’appellent Didier, Julie, Hervé, Frédéric, etc., et ils ont été sélectionnés par un cabinet de recrutement en vue de décrocher deux postes de commerciaux (conseillers en prévention, on dit) chez un grand assureur français. Des recruteurs les convoquent à une sélection collective. Leur méthode de travail ? Ne lire aucun CV, mettre les postulants en situation, analyser leurs attitudes avant de déterminer quels sont les trois candidats sérieux avec qui ils vont mener des entretiens individuels.

Un vrai documentaire proche du mauvais sketch

Tout de suite, j’ai eu un doute : à cause de leur façon de parler, de leurs répliques, du cadre environnant (les rideaux dans le fond, la mise en place des chaises), des premières images, je me suis demandé : « C’est un vrai docu ou un docu scénarisé » tellement ça me paraissait « gro… tesque ». Après quelques recherches, j’ai constaté que les recruteurs et les candidats sont bien réels. J’ai fini par comprendre pourquoi ça sonnait faux : à la base, on en fait too much à un entretien d’embauche et pleinement conscient qu’il y a une caméra dans la pièce, chacun a joué son propre rôle en l’exagérant. Il faut se démarquer devant les recruteurs et parce qu’il y a des « gens » qui les regardent derrière un écran.

Les méthodes partent d’une bonne idée

Le cabinet de recrutement et son client, un assureur, ont expliqué avoir pensé au préalable que ce documentaire leur ferait une belle publicité ! LOL ! J’ai presqu’envie de dire que c’est un gâchis magistral d’avoir mal géré cette procédure collective. La méthode développée de recruter un salarié sans lire son CV et le mettre directement en situation est sympa. Là où ça part en vrille, c’est quand on foire la mise en application. Ils n’observent pas, ils sont toujours dans l’attaque, dans le jugement et les préjugés.

Mon préféré, c’est Hervé

Moi, Hervé, c’est mon préféré. Extraverti, cynique, il est désinvolte et à la limite du « je-m’en-foutisme ». A l’affirmation de Gérard : « Astrologie, numérologie, calculs, ils m’ont déjà tout fait les recruteurs », Hervé ironise : « Fallait leur demander : la prise de sang, le test d’urine, c’est pour quand ? » Son attitude – prise pour de la non-motivation – va lui valoir les foudres du recruteur : « La cravate, Hervé, c’est une prescription médicale ? » Là, j’ai eu envie de lui dégainer à ce type : « Nan mais allô quoi ?! T’es un commercial et t’as pas de cravate, c’est comme si je te disais que t’es un commercial et que t’as pas de calculatrice… » On repère toujours les sinistres personnages comme ça : ils vous attaquent sur la forme et pas sur le fond parce qu’ils manquent d’arguments intelligents. « T’as pas de cravate, t’es pas motivé », c’est très réducteur.

On n’est pas dans un Disney

La question de la cravate n’est pas un exemple unique. Il y a aussi eu : quel personnage réel ou imaginaire vivant ou mort aimeriez-vous être et débattez entre vous pour savoir lequel vous sauveriez si vous deviez quitter la planète en cas de cataclysme ? Euh… Comment dire.. J’ai eu une variante un jour lors d’un entretien d’embauche : quel superhéros auriez-vous aimé être ? Euh… Comment dire… Je prépare en ce moment ma réflexion quant à une possible prochaine question : quel personnage de Disney pourriez-vous être ? Tout en sachant que, dans cette réponse, il me faut im-pé-ra-ti-ve-ment éviter les personnages reniés dernièrement par la société américaine afin de ne heurter aucune sensibilité chez les recruteurs.

Tout ça pour un salaire pareil ?

A la fin, il n’en reste que trois. Le pire est que les candidats retenus – je ne dis pas qui sera recruté parce que c’est un docu à suspense, hein ! – se sentent valorisés d’avoir été les trois winners de ces gens. Vous me demanderez : « Et le salaire, c’est combien ? » Le montant d’un SMIC pour la partie fixe (perso, je ne suis même pas convaincue que ce soit le montant réel) et d’éventuelles commissions. Bam ! La claque. Le couperet. Le drame. Tu fais de l’excès de zèle quand tu offres une Ferrari pas quand tu n’offres qu’un coupon de réduction valable sur l’achat de ta Ferrari. Une des responsables de la société d’assurance s’est alors expliquée : « Mais on est très compétitifs.. ». En clair : on est les moins radins du club des radins. Et ils en sont très fiers ! Un sketch… ce documentaire est un sketch et ils y vont à fond !

Qui se posent le plus de questions dans un recrutement ?

Gérard résume bien l’absurdité de ces méthodes de recrutement au détour d’une conversation téléphonique : « Ce qui me gêne, c’est que les recruteurs ont déjà des préjugés… Non, pas sur l’âge… ils se posent des questions, ils se posent trop de questions et ils s’en posent plus que moi… Sur mon envie, sur mon ambition, le fait d’avoir été manager et de ne pas pouvoir redevenir un simple collaborateur… »

Des souris dans une boite en carton

Il ajoute : « On a donné beaucoup de soi-même et on se demande ce qu’il faut faire pour arriver à trouver un emploi ? Jusqu’où doit-on aller ? Quand il y avait le plein emploi, il y avait déjà de la soumission. On faisait les 3-8 en usine, et on en faisait pas toute une histoire. Avant on nous soumettait et maintenant on se soumet soi-même parce que si on ne se soumet pas, on perd son emploi. Ils n’ont plus besoin de se forcer puisque nous-mêmes on entre dans une position de soumission ». Conditionner, rentrer dans le système sont des mots employés dans le documentaire de Didier Cros « La gueule de l’emploi ». Comme des souris qu’on dirige dans une boite en leur faisant suivre des chemins bien tracés jusqu’à la sortie.

Ta liberté de dire « non » est une force

Finalement, je crois que Hervé a raison quand il dit : « La vie est une comédie, y a pas que le travail. C’est dur pour quelqu’un comme moi de trouver du travail, de se mettre dans le moule, je me fais violence. Mais la liberté, ça n’a pas de prix. Ca vaut tout l’or du monde sauf que ça ne rapporte rien. La liberté et l’honnêteté ne sont pas forcément des conceptions d’aujourd’hui… » T’inquiète pas Hervé ! Ces recruteurs t’ont fait le plus beau des cadeaux : ne pas t’engager ! Tu aurais pris le risque de finir comme eux : méchants et courts d’esprit.

Quatre stormtroopers en légo encerclent le bureau d'un salarié crispé.
Les entretiens d’embauche s’apparent de plus en plus à une bataille psychologique entre candidats et recruteurs.

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