Profitant de l’ouverture des dossiers de moralité de la prison de Mons, je me suis dit, cette semaine, que j’allais m’intéresser à un des détenus les plus connus de cet établissement : Paul Verlaine incarcéré après avoir tiré sur son ex-amant Arthur Rimbaud. Ce sera aussi l’occasion de revenir sur le déroulement des faits.
De Marceline Desbordes-Valmore à Verlaine : mes lectures d’adolescence
Ado, j’aimais bien lire des poèmes. Voire en écrire. J’adorais Baudelaire et sa triste fin et surtout, Marceline Desbordes-Valmore, une grande poétesse, sans doute plus douée que ses contemporains (c’est Hugo qui a déclaré ça) mais qui a souffert de son statut de femme et qui n’a pas eu le succès qu’elle méritait. Bref ! Je m’égare. Comme j’étais dans les registres de comptabilité morale de la prison de Mons, j’ai eu envie d’aller voir le document concernant Paul Verlaine. Le voici :

L’archive qui bouscule le mythe du poète maudit
J’ai tiqué en lisant que Paul Verlaine était qualifié de « caractère faible ». Paul Verlaine ? Ca m’a donné envie de creuser un peu plus. Avec une telle légende et toute l’imagerie romantique entourant le mythe des « poètes maudits », je m’attendais à découvrir un caractère bien plus affirmé. Et bien, j’ai découvert un gars pas très sympathique et très violent qui compte quand même plusieurs tentatives de meurtres à son actif. Alors, vous me direz que j’ai dû louper un chapitre dans mes livres d’école et que tout le monde savait, pour faire court, que Verlaine était un gros dégueulasse. Je me rappelle l’étude des textes – c’est d’ailleurs comme ça que j’ai plongé dans les recueils de Baudelaire et de Desbordes-Valmore -, de son histoire avec Rimbaud (là, en revanche, je me souviens de sa vie de débauche, de sa fin de vie placée sous le signe des voyages et de la maladie) mais la vie et le caractère peu enviables de Paul Verlaine… Beuh…
Cette méconnaissance devait être rétablie et c’est ce que nous allons faire au travers de cet article.
La face cachée de Paul Verlaine : une vie de violences et d’excès
Les origines familiales et l’acte de naissance de Verlaine
Paul Verlaine, né le 30 mars 1844 à Metz, est le fils de Nicolas Auguste Verlaine, né à Bertrix, adjudant major au 2e Régiment du génie, Chevalier de la Légion d’honneur (excusez du peu) et d’Elisa Julie Josèphe Stéphanie DEHEE, sans profession.
Voici son acte de naissance pour les plus curieux :

Son enfance est tranquille. Le gamin est aimé et, pourtant, en vieillissant, il a pété les plombs… succombant à l’alcool et à l’absinthe. Il parait que la chute a commencé avec la mort de sa cousine dont il était amoureux et qui s’était mariée à un autre… Ouais… No comment… Et là, bourré… il aurait déjà tenté de tuer plusieurs fois sa pauvre mère.
Il rencontre une jeune fille, 14 ans à ce moment-là, et il la courtise plusieurs années à coup de poèmes. Elle s’appelle Mathilde MAUTE. Et ça fonctionne, il a 26 ans quand il l’épouse, elle en a 17. Le mariage se passe et le couple finit par accueillir un premier enfant prénommé Georges. Au passage.. enceinte, il a déjà essayé de l’étrangler. Heureusement que ses parents à elle l’ont empêché de le faire. Vraiment sympa ce mec !
Je vous produis l’acte de mariage du couple :



Le drame de Bruxelles : l’amour destructeur avec Arthur Rimbaud
Quelques jours plus tôt, il venait de rencontrer Arthur Rimbaud. Le joyeux désordre arrive. Il trompe son épouse avec ce gamin, ça se dispute, et il finit par vouloir étrangler cette dernière et au passage claque son gamin dans le mur. Je vous avais dit, Paul VERLAINE est un sympathique petit personnage…
Les deux amants partent en voyage, se disputent, se battent… En France, en Angleterre, en Belgique. Ils écrivent aussi ? Oui. Mais ils boivent encore plus et ils se disputent, ils se bagarrent. Et ils se tirent dessus. Enfin l’un plus que l’autre apparemment… Comme à Bruxelles, dans une chambre d’hôtel parce que RIMBAUD lui dit qu’il allait prendre la porte.
Le procès belge : quand la justice juge les mœurs plutôt que le crime
Ce qui va conduire à l’épisode du procès où le juge n’a pas véritablement jugé les faits mais plutôt les vies dissolues des deux hommes. A la limite c’était beaucoup plus grave que l’agression. Et c’est justement pour cette raison qu’il a écopé de la peine de prison la plus lourde pour ce type de délit. Ouais… On me dira : « C’est une autre époque, ça ne se reproduirait plus maintenant ! ». Pas certaine vu qu’il y a encore en 2026 des parents qui en sont encore à renier leurs enfants parce qu’ils sont gays.
La prison et la conversion religieuse : sincérité ou stratégie de libération ?
Dans le document issu des registres de comptabilité morale, il est spécifié que Paul Verlaine est devenu croyant à la fin de sa peine de prison. Oui, selon la légende urbaine, il aurait décidé de se « mettre dans le droit chemin » après avoir reçu son acte de divorce en prison. Je pense aussi que ça faisait bien pour la libération conditionnelle. Le chemin, en tout cas, fut court puisqu’il va retourner en prison quelques années plus tard.
Si vous voulez en savoir davantage sur l’histoire du procès, je vous recommande ce podcast de France Culture.
De la petite histoire à la psychogénéalogie : la triste destinée programmée de Georges Verlaine
Vous le voyez une nouvelle fois : à partir d’un simple document généalogique, on peut remonter la petite histoire dans la grande. Hier, ça a été avec l’article sur le « coupeu d’artoile », aujourd’hui, c’est avec l’histoire de Paul Verlaine et d’Arthur Rimbaud. La généalogie va aussi cette fois-ci rejoindre la psychogénéalogie.
Le traumatisme d’un fils face à la violence paternelle
Dans ce cas-ci, celui dont l’histoire m’a le plus émue, c’est celle du petit Georges, le fils unique de Paul VERLAINE. Il n’a pas eu une vie facile, lui, dont le père l’avait accusé d’avoir détruit son mariage, d’avoir abîmé le corps de sa femme pendant la grossesse et qui l’avait claqué dans le mur. Comment avoir une vie apaisée après ses premiers mois de vie ? Il ne l’a pas eue…

Maladie, alcool et retrouvailles : le fils de Paul Verlaine a marché sur les traces de son père
Il a bien marché sur les traces de ses ancêtres en faisant des passages remarqués en Belgique (à Soignies, une ville pas loin de chez moi), en travaillant dans l’administration comme son père en son temps, en éditant lui aussi des poèmes, et en levant trop le coude aussi. Georges a été alcoolique comme son père. On devient maudit de père en fils dans cette famille. Il va accumuler les ennuis de santé et multiplier les retrouvailles manquées avec son père qu’il a fini par retrouver… pour l’éternité dans le caveau familial !
Source :
Les Archives départementales de Paris et de Metz
France Culture
Agatha
L’affaire de l’orteil coupé à Ghlin : j’en sais plus sur Félicie STURBOIS !
Je suis membre de l’Association généalogique du Hainaut Belge. Dans ce cadre, tous les trois mois, je reçois un bulletin avec pleins d’informations super utiles comme des liens, des news, etc. Cette semaine, quel bonheur ai-je eu à lire que les Archives de l’Etat de Mons avaient numérisé et mis en ligne les registres de…
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