Les trop nombreux congés et ponts de ce mois de mai ont eu raison de ma motivation. Voilà pourquoi pendant quelques jours, vous n’avez pas eu de nouvelles de ma part. Pourtant, mentalement, les idées sur les projets d’articles ont fusé. Pour cette reprise, je vous propose de découvrir un lieu bucolique de Ghlin : le bois. Non seulement, je vais mettre à l’honneur quelques ancêtres liés à ce lieu mais je vais aussi retracer quelques événements historiques et mettre à l’honneur quelques articles de presse datant du 19e siècle et qui parlent de charmant petit coin de verdure.
Plusieurs de mes ancêtres sont liés au bois de Ghlin notamment en raison de leurs métiers : Augustin Ignace Joseph BLANCHARD (1771-1854), Pierre Joseph BLANCHARD (1808-1894), son fils, Jean Baptiste LEROY (1774- 1855), son fils Jean-Baptiste, né en 1822. Tous ont été scieurs en long. Mais qu’est-ce qu’un scieur en long ?
Être scieur de long dans le bois de Ghlin, une chance pour mes ancêtres
Considéré comme l’un des métiers du bois les plus nobles mais aussi les plus difficiles, le sciage en long demandait un savoir-faire exemplaire. Tout l’art consistait à débiter les troncs d’arbres dans le sens de la longueur pour en tirer des solives (pièces de charpente) et des chevrons (pièces pour toits) parfaits, en minimisant les déchets et en évitant au maximum les irrégularités.
Mes ancêtres ont eu la chance de vivre et d’exercer ce métier dans une région si riche en bois et en forêt qu’ils n’ont jamais eu à s’exiler pour nourrir femmes et enfants. C’était un immense privilège pour l’époque. Bien souvent, les scieurs en long itinérants quittaient leurs familles pour de longs mois, et beaucoup ne revenaient pas, emportés par les épidémies ou des accidents de chantier.
Le bois de Ghlin, théâtre de nombreux droits accordés aux villageois
Ces métiers dépendaient aussi des privilèges que les propriétaires de bois voulaient bien accorder aux populations locales. A Ghlin, voici les droits qui leur étaient accordés :
- Le droit de ramasser le bois pour ensuite se chauffer (l’affouage)
- Le droit de faire paître leurs bestiaux dans les parties de futaies assez anciennes pour qu’ils n’y fassent pas de dégâts. A Ghlin, on mentionne la glandée. Les porcs étaient alors autorisés à manger les glands tombés des noisetiers
- Le droit d’aller faire de l’herbe dans le bois (le faucillage). Les villageois les laissaient alors faner sur les prairies sauvages ou les marais
- Et sans doute le droit d’aller y chercher du bois mort et qui permettait ensuite d’en faire des charpentes pour les maisons
Les villageois de Ghlin s’opposent aux propriétaires du bois
Mes récentes lectures m’ont appris qu’en 1752, les habitants ont reçu l’autorisation de fauciller l’herbe dans les bois. Mais à partir de 1850, les princes de Croÿ, propriétaires des lieux, ont non seulement voulu leur retirer ce droit mais aussi celui de faire paitre leurs bestiaux sur ces terres.
Comment s’est terminé le différend entre les propriétaires du bois et les villageois ?
Le différend a finalement pris fin en 1855 avec un accommodement par lequel les princes pour éteindre tous les droits d’usages prétendus sur leur terrain ont donné à la commune 40 hectares de biens 6.000 francs par an. À cette occasion, le prince et la princesse de Croÿ ont fait don au bureau de bienfaisance (ancêtre du CPAS) d’un capital de 14.300 francs, garantissant ainsi une aide annuelle permanente de 500 francs pour les pauvres. Le couple princier de Croÿ a fait un geste de charité très important pour l’époque même s’il s’agit d’une pratique courante chez les Nobles et les Bourgeois.
Le Courrier de l’Escaut en a parlé en date du 7 mars 1856. Voici la brève :

Que raconte la presse ancienne sur le bois de Ghlin ?
La presse a régulièrement donné des nouvelles du bois de Ghlin au cours du 19e siècle. Je me suis amusée à consulter la presse de cette époque grâce au site BelgicaPress et je vous propose de découvrir quelques brèves de cette époque sur ce lieu bucolique. Mais pas tant que ça !
L’écureuil à deux têtes du Bois de Ghlin
En mai 1858, le journal La Meuse a rapporté une étrangeté de la nature digne d’un ancien cabinet de curiosités, survenue dans le bois de Ghlin. Deux gamins partis chasser les écureuils y ont capturé un spécimen extraordinaire : un écureuil à deux têtes parfaitement distinctes, bien que l’une d’elles soit dépourvue de museau. L’article souligne avec étonnement que cette rareté biologique n’enlevait rien à l’agilité du petit animal. Le petit rescapé a ensuite été confié à un certain WIBAUT, un cabaretier installé près du Pont-Canal, qui s’est empressé de l’exhiber en cage pour attirer les curieux. Ouais, triste fin pour cet animal qui a été privé de son grand terrain de jeu pour une petite cage toute pourrie.

Quand le bois de Ghlin a livré une tragique leçon de botanique
En septembre 1877, la presse nationale a relayé une mise en garde tragique du Journal de Mons concernant les dangers botaniques des environs. Deux gamins venus jouer dans le bois de Ghlin ont succombé à un empoisonnement foudroyant après avoir consommé des baies noirâtres d’apparence pourtant inoffensive, cueillies sur des arbustes forestiers très communs. Malgré des soins médicaux immédiats une fois rentrés chez eux, les deux jeunes victimes sont décédées. Ce drame a poussé les journaux de l’époque à lancer un appel aux parents et aux instituteurs pour éduquer au plus vite la jeunesse rurale face aux plantes vénéneuses des bois et des jardins.
Les deux enfants étaient frère et sœur, il s’agissait d’Auguste VAILLANT (7 ans) et de Louise Vaillant (5 ans). Voici leurs actes de décès :


La fin atroce de Gédéon CRENER, carbonisé au pied de son feu de camp
En novembre 1873, Le Journal de Charleroi a relaté la triste fin d’un pauvre bûcheron au sein du bois de Ghlin. Après s’être enivré la veille, l’homme avait choisi de ne pas rentrer chez lui à la fin de sa journée de travail et s’était endormi au ras du feu qu’il avait allumé pour se réchauffer. Il a été retrouvé au matin, transformé complétement carbonisé près de son foyer de fagots éteint.

Il s’appelait Gédéon Joseph CRENER, il avait 57 ans et était originaire d’Erbisoeul. Voici son acte de décès.

Un duel avorté dans le bois de Ghlin entre deux Français
En juin 1880, la Gazette de Charleroi ont rapporté une anecdote plutôt amusante survenue à la frontière du bois de Ghlin et d’Erbisœul. Deux messieurs français, venus régler une affaire d’honneur à l’épée, se sont installés de bon matin dans une sapinière, entourés de leurs témoins et de médecins. Le combat singulier a franchement tourné à la farce — les deux adversaires, visiblement très piètres escrimeurs, se sont à peine égratigné un poignet en ferraillant lorsqu’un garde-particulier du prince de Croÿ a surgi des fourrés. Pris de panique à l’idée d’être surpris par cette autorité indiscrète, tout ce beau monde a prestement remballé ses armes pour fuir en voiture, mettant fin au duel faute de combattants. Là, en revanche, je ne suis pas parvenue à retrouver les identités de ces charmants messieurs à l’honneur blessé.

Le destin finement tranché du piocheur Félicien DANGRIAUX
En juillet 1881, Le Bien Public rapporte une brève particulièrement gore survenue au cœur du bois de Ghlin. Un piocheur — un ouvrier travaillant au terrassement ou à l’entretien des voies ferrées — a été littéralement coupé en deux par un train en provenance de Bruxelles. Ce fait divers sordide et expéditif rappelle qu’avec l’arrivée de la ligne de chemin de fer traversant la région de Mons, le calme du bois cachait parfois des accidents industriels d’une violence absolue.

Je suis parvenue à retrouver son nom : Félicien DANGRIAUX. Il avait 49 ans. Voici son acte de décès :

La presse s’est emballée autour de la mort d’un braconnier dans le bois de Ghlin
En septembre 1885, la presse locale s’est enflammée autour d’un mystérieux drame survenu dans le bois du prince de Croÿ, près de la lisière de Ghlin. Le corps de Xavier Surin, un homme de 57 ans originaire d’Herchies et braconnier notoire, a été retrouvé sans vie, touché par une décharge de plomb en pleine poitrine. Alors que les premiers journaux ont évoqué un meurtre violent et l’arrestation suspecte de ses compagnons de chasse, l’enquête judiciaire menée par le parquet de Mons et l’autopsie des légistes ont rapidement redressé les faits. Les témoignages ont confirmé finalement la thèse d’un tragique accident de chasse : le fusil de braconnier à démonter de la victime s’est déchargé inopinément alors qu’il se trouvait à l’affût, causant une mort instantanée.


Voici son acte de décès :

Les Ghlinois, pas très solidaires ?
Certains faits ne sont pas très glorieux pour les locaux. En février 1893, Le Courrier de l’Escaut relate le calvaire d’Adonis Delcroix, un journalier de 23 ans est venu ramasser du bois mort dans le Bois de Ghlin. Après une chute mortelle depuis un sapin, le malheureux, agonisant, a été trimballé de porte en porte sur une brouette avant d’être rejeté par ses anciens patrons. Abandonné inconscient sur des fagots de bois dans le cachot local (l’Amigo), il a succombé seul durant la nuit à ses fractures. Pauvre monsieur.

J’ai retrouvé son acte de décès sur le site d’Agatha.

L’énigmatique vagabond qui voulait mourir sous une belle nuit étoilée
Finissons sur une note singulière et poétique. En mars 1887, Le Courrier de l’Escaut a relaté que dans les bois de Ghlin, alors surveillés par les gardes du lieu, y ont découvert un quadragénaire à l’aspect misérable qui s’était installé au cœur des taillis depuis plus d’une semaine. Loin de fuir, cet homme mystérieux a confié son souhaite de s’isoler dans le silence de la forêt pour y mourir paisiblement par une belle nuit étoilée, certain que personne ne viendrait entraver son ultime projet. Refusant de donner son identité, le vagabond a été conduit à la maison communale où, selon la brève, il a continué de divaguer.

D’autres articles sur l’histoire de Ghlin
Entre les scieurs de long de ma lignée et ces chroniques journalistiques, le bois de Ghlin révèle ses deux visages : un cadre professionnel pour mes ancêtres, mais aussi le théâtre de destins tragiques et insolites d’inconnus dont j’ai pu retrouver les identités. Ce passé fascinant nous rappelle que sous le calme des arbres dorment de nombreuses histoires humaines. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler sur cet article. Je vais donc proposer d’autres articles de ce style à Ghlin sur de très nombreux sujets (faits divers, épidémies, vie des villageois au 19e siècle.)
Les sources
Agatha
BelgicaPress
Le livre « Les mémoires de Ghlin : de 974 à nos jours » par Jean Houdart, autoédition de 1968
Le livre « Traditions de Wallonie », par Jean LEFEVRE. Aux éditions Marabout, Verviers, 1977.
Généalogie en Belgique au 18e siècle : l’histoire de la famille DELATTRE-PETIT à Ghlin
Le blog était inactif le week-end dernier, je me suis en effet consacrée à la généalogie. Cette semaine, je vous présente Jean-François Delattre et Marie Thérèse Petit, un couple du 18e siècle, et j’évoque tous leurs enfants nés un lundi. De nouvelles ressources généalogiques viennent aussi enrichir mes recherches.
Laisser un commentaire