Ceux qui travaillent… et ceux qui dépriment

J’ai visionné le film « Ceux qui travaillent » d’Antoine Russbach. Il est l’antithèse de « The Company men » et des valeurs que je prône en cas de licenciement. Voici ma critique : incohérent, déprimant et mou.

Je bossais sur une de mes prochaines chroniques quand, au cours de mes recherches, je suis tombée sur « Ceux qui travaillent », sorti en 2019. Comme d’habitude, j’ai fait ma curieuse et j’ai visionné ce film, le premier réalisé par Antoine Russbach, avec, dans le rôle principal, Olivier Gourmet. Avec le recul, je n’aurais peut-être pas dû…

Le speech de « Ceux qui travaillent »

Le Belge incarne Frank Blanchet, cadre dans une société de fret maritime, marié et père de cinq enfants. Une nuit, il reçoit un appel dans le cadre de sa fonction et doit prendre une décision immédiate. Il fait mettre par dessus bord un clandestin soupçonné d’avoir le virus Ebola. Manque de bol : il ne fait pas le bon choix. En même temps, il ne fallait pas être salarié chez Médecins sans frontières pour savoir que ce n’était pas la bonne solution. Ses patrons lui tapent sur les doigts malgré ses bons résultats antérieurs et il est licencié. Les propos employés par la DRH sont : « On ne veut plus de toi ici. Tu dois démissionner ». Ambiance, ambiance… Son licenciement devient donc une démission forcée. Il ne rouspète pas trop et dégage les lieux escorté par un agent de sécurité. Plus tard, Frank Blanchet apprend qu’il a été viré parce qu’il affichait une ancienneté trop importante dans une entreprise qui allait mal économiquement. Jusque là, tout est plausible.

C’est trop incohérent

Regards vides, des plans inertes trop longs de décors qui défilent, de bateaux qui passent, des silences qui plombent, etc., « Ceux qui travaillent » prend tous les travers du film d’auteur. Le personnage principal est mou, comme les répliques : « Aimez-vous l’action? », lui demande un recruteur. « Oui, oui »… Euh! Non, non, mon gars ! L’action, tu oublies ! C’est pas fait pour toi, crois-moi. Le reste du film est tout aussi incohérent : il cherche du boulot dans un parc sublime du pôle emploi et ça, sous un soleil digne des Caraïbes, il écrit des lettres de motivation manuscrites alors qu’on sait TOUS très bien que si on fait ça dans la vraie vie, on est blacklisté dans toutes les entreprises pendant quinze ans. Les entretiens d’embauche sont caricaturaux. Le réalisateur explique qu’il s’est renseigné sur le quotidien des cadres avant de faire son film : à mon avis, il aurait plutôt dû s’intéresser à celui des personnes licenciées !

L’antithèse de ce que je défends

Il n’y a pas que cette scène qui m’interpelle. Frank Blanchet dit : « Je n’ai rien dit à ma femme. Elle croit que je suis à Zurich. Mes enfants croient toujours que je vais au bureau chaque matin. » Non, non, non ! Ce type est l’archétype de tout ce contre quoi il faut se battre aujourd’hui : une personne licenciée n’a pas à avoir honte ! Donc… Garder un tel secret ne fait que se compliquer la vie.

Une cuite mémorable

Même quand Olivier Gourmet se prend une cuite, j’ai du mal à le croire. Bourré, tu marches comme si tu ruais dans les brancards. Tu décroches un air à la Belmondo hurlant « Tac Tac Badaboum ! », à la Cyrano de Bergerac, léger et aligné sur les courants telluriques de la terre. Tu ne marches pas, tu virevoltes, une vraie plume éjectée d’un oreiller. Tu ne te vautres pas sur ton lit comme si tu venais de trébucher sur ta pantoufle. Non, mon gars ! Là, cette scène, elle me rappelle trop Marion Cotillard à l’agonie dans Batman. Vous vous souvenez?!

Le dernier plan est mou

En même temps… Vu tout le déroulé du film, il aurait été étonnant que la fin soit différente. Pourtant, jusqu’à la fin, j’ai gardé espoir : il va se bouger et surtout trouver un job. Même s’il avait eu un piston, je n’aurais rien dit, j’aurais été contente pour lui. Non. Là encore, Frank Blanchet est resté fidèle à lui même : mou. Vautré sur son canapé, en jogging, il finit entouré par sa famille toujours aussi violente par son non-soutien.

Des critiques étonnement positives

Le lendemain, après le visionnage, j’ai été à la recherche de quelques autres avis. Aurais-je été la seule à passer du côté obscure de la critique en dégommant ce film ? Hé bien… Oui ! Un film incisif, une critique du monde consumériste, le réalisateur signe un film saisissant de maîtrise sur la dérive d’un cadre. C’est à se demander si les journaleux l’ont vraiment vu. Ce film parle de licenciement, des responsabilités d’un cadre, de la mondialisation. Il parle de trop de choses. A force de multiplier les thèmes, Antoine Russbach a rendu son film brouillon digne d’un documentaire sans vraie thèse.

La version low-cost de The Company men

Rien à voir avec le film « The company men » de John Wells. La réalisation française aligne des points communs dans le scénario et reste à dix mille lieues de lui arriver à la cheville. C’est aussi l’antithèse de tout ce que je défends, je le répète : perdre son travail est un événement difficile mais ce n’est pas la fin du monde.

Laissez-moi votre avis

Je sais ce que vous allez me demander : vais-je le regarder une deuxième fois ? Non. Clairement, c’est non. Par contre, je vous laisse vous faire votre propre avis. Ensuite, vous pourrez mettre un commentaire sous cet article.

Scène du film "Ceux qui travaillent" où Olivier Gourmet pousse sa chaise de bureau dans un openspace parce qu'il a été viré de son entreprise.
Scène du film – CQT 12-2019 – Condordistribution

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