Traditions de naissance en Wallonie : quelles superstitions de la grossesse et de la naissance?

Si les archives racontent une partie de la fin des ancêtres, le folklore, lui, peut nous révéler comment leur naissance était célébrée. Dans la foulée de mon analyse sur la mortalité infantile dans ma lignée maternelle, je consacre un article aux traditions entourant les naissances en Wallonie. Partons à la découverte des superstitions mises en place pendant et après la grossesse ainsi que les qualités attribuées aux enfants en fonction de leurs prénoms ou de leurs jours de naissance.

Le poids de la religion et des vieux souvenirs païens

S’il y a bien un domaine qui a fait germer le vrai et plus ancien terreau des traditions wallonnes, il s’agit bien de la religion. Toutes les traditions wallonnes sont, en effet, pétries de rites chrétiens, eux-mêmes le relai de vieux souvenirs païens accumulés au fil des siècles et des différentes communautés qui ont traversé nos régions. La foi catholique rythmait totalement la vie de nos anciens. De la dévotion des saints (qui au moment de leur vie n’étaient pas tellement des « foudres de charrues »), les Wallons en font des avocats qu’il faut invoquer auprès de dieux pour éviter que les 4 vents ne se déchaînent sur leurs terres. C’est ainsi qu’on voit pousser des dizaines de petites prières et de proverbes pour expliquer la météo et les luminaires. Le calendrier populaire va emmener les paysans et leurs bêtes de mois en mois jusqu’à la fin de l’année, à travers son temps de travail mais aussi de détente.

La grossesse est un voyage sous haute protection

La religion rythme les moments de vie du berceau à la mort. Avoir un enfant, pour une femme, est une fierté. Ne pas en avoir est plutôt vu d’un mauvais œil. La femme, surtout s’il s’agit de sa première grossesse, entre alors dans un monde et un moment dangereux. Non seulement elle risque d’être pourchassée par des makrales (des sorcières) mais aussi par l’antique malédiction du péché originel. L’enfant, pas encore baptisé, lové dans les entrailles de sa mère est la proie innocente de TOUS les ennemis de Dieu.

Pendant toute sa grossesse, elle devra :

  • Eviter tout contact avec des personnes suspectes, inconnues, difformes ou laides ;
  • Eviter tout contact avec des animaux singuliers ;
  • Satisfaire toutes ses envies sous peine de voir une tache (de vin ou de fraise) se former sur le corps de son enfant pile à l’endroit où elle s’est grattée ;
  • Aller en pèlerinage ou faire dévotions à saint Ghislain (patron de la petite enfance), à saint André l’Apôtre (avec cette formule « Faites neuvaine à Saint-André, Pour qu’il sorte comme il est entré ») ou saint Laurent le grillé en lui adressant ce message « Saint Laurent, je vous prie / Qu’il vienne dehors comme il a été dedans » ;
  • Se procurer des cordons bénits et s’en entourer le corps ;
  • Manger en nombre des salades arrosée d’huile et même en boire pour les plus courageuses.

Rituels et objets protecteurs : du cierge de la Chandeleur aux bas du mari

Pendant toute la grossesse, elle continue à faire son travail quotidien. Il en va de son honneur et de celui de la maison. Dans les derniers temps de la grossesse, elle apportera un soin particulier à son »lit de travail » composé d’herbes de litières (Annevoie). Sous son oreiller, elle placera une petite plaquette de prières et allumera le cierge de la Chandeleur. S’il s’éteint, c’est souffle de Dieu et l’enfant mourra. On signe aussi la femme d’eau de Saint-Jean, puisée au jour de la fête à l’Angelus de midi. Et pour mettre définitivement au tapis les mauvais esprits, elle devra mettre la culotte de son mari ou, pour le moins, ses bas.

De la naissance au baptême : décrypter les signes du destin

N’allez pas imaginer que la naissance va mettre un terme aux présages et autres superstitions. S’il vient « coiffé » (avec la membrane du cordon collé à la tête), comme on dit, il connaitra beaucoup de bonheur, échappera à la conscription et pourra guérir par le signe de la Croix guérir la maladie ou en tout cas la ralentir. S’il vient au monde en février, le mois le plus court, il risque d’être… Court sur pattes. L’enfant né un dimanche est chanceux. Et celui qui va voir le jour entre les temps de deux messes a de fortes chances de découvrir des trésors. Celui du vendredi deviendra sourcier. A la naissance, la sage-femme va mettre l’enfant dans les bras du père en premier. C’est le signe de la reconnaissance. Et pour racheter le péché de la faute originelle, le père, lui, la paie. Et le cordon ? Il finit au pied d’un arbre fruitier.

Le baptême : entre prénoms hérités, cloches et protection divine

Le baptême évacuera définitivement tout mal. L’enfant recevra le prénom de son parrain si c’est un garçon, celui de la marraine si c’est une fille. L’adage prétend qu’ils en hériteront du caractère. A ce prénom, on en ajoutera un autre (celui d’un aïeul, du saint patron de la paroisse ou de la région). La cérémonie est pleine de gestes précis pour éloigner le mal. Le premier nouveau-né baptisé après Pâques, avec l’eau fraichement bénite, reçoit à Mons ou dans le Brabant wallon un bonnet de roses ou une couronne. Les cloches s’en mêlent aussi : elles sonnent trois fois pour le garçon, deux fois pour la fille et elles restent silencieuses si c’est un enfant naturel, adultérin ou… pour « l’avorton ». Le gamin né avant terme ou qui a peu de chances de survie… S’ensuit alors le repas de baptême.

Les relevailles : la réintégration de la « païenne »

La mère n’en est pas pour autant quitte avec les superstitions. Après le baptême, il lui faudra faire ses relevailles, longtemps obligatoires et organisées entre la date du baptême et pas plus de dix jours après la naissance. Elles mélangent des rites de purification et de réinsertion ou de rachat. Oui on est toujours dans le délire selon lequel « coucher, c’est mal même si c’est pour procréer »… remarquez, on y reviendra vite à ça vu le monde actuel… A Nivelles, jusqu’au 18e siècle, elle porte une chandelle et elle fait offrande d’une chandelle, d’un pain ou d’une tarte. Et comme elle est encore païenne (parce qu’elle portait un non-chrétien), elle reçoit l’eau bénite de la part d’une sage-femme. Elle devra aussi remercier la Sainte-Vierge pour avoir été enfantée. Grâce à cette cérémonie, elle pourra de nouveau assister aux messes.

Face à l’invisible : le triomphe de l’espérance sur la mort

La naissance dans la Wallonie d’hier était un combat de chaque instant contre l’invisible. Des neuvaines aux makrales, ces traditions révèlent l’immense besoin de protection de nos ancêtres face à une mortalité constante. En scrutant ces rituels, on découvre que derrière chaque superstition se cachait une profonde espérance : celle de voir la vie triompher sur la mort. Ces gestes témoignent aussi de l’amour d’une mère pour son enfant et du lien sacré qui unit chaque génération à son histoire. Et vous ? Vous avez des traditions ou superstitions à me partager ?

Livre « Traditions de Wallonie », par Jean LEFEVRE. Aux éditions Marabout, Verviers, 1977.
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