Comment analyser sa généalogie avec Excel ? L’exemple de mes ancêtres borains

La semaine dernière, je vous ai présenté quelques outils et méthodes pour commencer et organiser votre généalogie. Il y a néanmoins un outil précieux dont je me sers pour encoder tous mes ancêtres directs et garder quelques traces statistiques utiles : mon tableau généalogique sur Excel. Dans cet article, je vous le présente en détail et je vous en délivre les conclusions principales à propos de mes ancêtres de la 4e à la 8e génération.

Pourquoi utiliser un tableau statistique en généalogie ?

Ce tableau Excel généalogique comprend des données classiques comme les noms, prénoms, dates de naissance, de mariage et de décès ainsi que les métiers exercés au cours de leur vie. Il se compose aussi d’informations purement statistiques :

  • La date de conception (utile pour l’analyse transgénérationnelle) ;
  • Savaient-ils écrire ? ;
  • Le nombre de mariages ;
  • Le nombre d’enfants ;
  • Les âges à leurs mariages ;
  • L’écart d’âge entre les époux ;
  • L’âge à leur décès ;
  • La durée du mariage ;
  • Une colonne consacrée aux remarques (ex. acte de décès manquant, fils naturel, etc.).

Voici à quoi ressemble mon tableau généalogique sur Excel :

Capture d'écran d'un tableau Excel de généalogie listant les ancêtres borains (familles Fourneau, Simon, Dutrieux) avec noms, dates de naissance, professions ouvrières à Jemappes et Ghlin, et statistiques démographiques.
Mon tableau Excel de suivi généalogique : un outil indispensable pour visualiser l’ascension sociale, la mobilité géographique et les statistiques de vie de mes ancêtres au cœur du Borinage.

Un tableau généalogique sous Excel : pour quoi faire ?

Je vous entends me dire : « C’est sympa mais ça sert à quoi ? »… A atteindre plusieurs objectifs :

  • Comprendre d’où je viens : Ça me permet de savoir sur quelles racines je suis construite et de comprendre les trajectoires de vie qui expliquent ma place actuelle ;
  • Découvrir la petite histoire dans la Grande Histoire : un peu comme pour Rosalie Désirée Dutrieux qui a vécu toute l’ère industrielle et les grands évènements historiques à Jemappes. Je vois comment ces événements ont concrètement impacté ma famille : leurs métiers, leurs déplacements et leurs conditions de vie.
  • Transmettre l’histoire de ma famille : En notant qu’un tel était houilleur ou une telle journalière, je m’assure que leur existence et leur courage laissent une petite trace. Et qui sait, cela me permettra peut-être de retrouver des petits cousins ;
  • Disposer d’un outil statistique précis : cet outil d’analyse sociale et démographique permet d’observer l’évolution de la santé, de la mobilité géographique (comme les  liens constants entre Jemappes et Ghlin) ainsi que la transmission des métiers sur plusieurs générations.

Analyse des prénoms grâce à mon tableau Excel

L’analyse es très intéressante. Je vais démarrer de façon très générale en commençant par les noms, les prénoms et les lieux de naissance. Côté maternel, on découvre quatre noms de famille plus fréquents : DUTRIEUX, SIMON, LEVÊQUE et DUFRANNE. Côté prénoms, on trouve surtout :

  • Marie et ses variantes comme Marie Thérèse, Marie Narcisse, Marie Rose ou Marie Joseph. Bon rien d’étonnant vu que nous sommes dans un milieu pauvre et à des époques (du 17e au 20e siècle) où la religion est très présente dans les habitudes. Ce prénom est donné comme protection ;
  • Joseph et Joséphine : prénoms souvent donnés en guise de protection d’un enfant. Là encore rien d’étonnant vu les lieux d’origine de mes ancêtres maternels ;
  • François : Rien d’étonnant non plus puisque les ordres franciscains étaient très nombreux dans la région ;
  • Désiré… et Désirée : Ah tiens ! On y revient à notre petite Rosalie Désirée DUTRIEUX. Dans les milieux ouvriers, on donnait souvent ce prénom pour montrer que l’enfant était attendu après un accident de vie. Pour en savoir plus, je vous recommande de lire l’article consacré à l’ancêtre qui portait ce prénom.

L’influence de la religion et des parrains dans le choix des prénoms

A ce propos, j’aimerais ajouter que dans la famille, on a l’habitude de se transmettre les prénoms de père en fils (Gustave, Désiré, …) et tout ce qui va avec… J’ai aussi découvert en lisant les actes que les prénoms étaient donnés en fonction des parrains et des marraines choisis, une tradition bien connue comme l’explique Jean Lefèvre, un historien belge, dans son livre Traditions de Wallonie. Il explique : « A ce prénom chrétien, on en ajoutera d’autres (grands-parents, saint connu, etc.). Après le baptême, les cloches tribollent c’est-à-dire qu’elles sonnent sur trois tons : trois fois pour un garçon, deux fois pour la fille, pas du tout pour le bâtard, l’enfant adultérin ou, plus cruellement « l’avorton ». Déjà la communauté met sa marque mais elle ne pourra pas l’empêcher d’être heureux. »

Le cas particulier des prénoms liés au calendrier des saints

En analysant, j’ai vu qu’un seul de mes ancêtres porte exactement le prénom du saint fêté le jour de sa naissance : Augustin Saint Jean de Dieu DUTRIEUX né le 8 mars 1808 à Jemappes. Il y a également le cas de Damaste Ghislain né le 27 novembre 1800 à Lens dont le prénom n’est pas sans rappeler le saint fêté quelques jours plus tard, le 11 décembre, saint Damase. Un ancien pape du 4e siècle – devrais-je dire un érudit – invoqué pour réussir des travaux scientifiques et littéraires. Cette invocation n’a pas fonctionné pour mon ancêtre le jour de sa naissance : il a été ouvrier-charbonnier et ne savait pas écrire !

Métiers et conditions de vie : de la mine à la terre

L’instabilité de l’emploi dans l’industrie lourde

Le profil qui domine est celui de l’industrie lourde et de l’extraction. On observe une transition ou une alternance constante entre la terre et la mine. Les termes « houilleur », « charbonnier », ou « chef garde aux laminoirs » reviennent régulièrement. On remarque beaucoup de mentions doubles comme « Maçon / Charbonnier » ou « Tailleur / Bûcheron ». Cela témoigne d’une instabilité de l’emploi ou, à mon avis, d’une obligation de s’adapter aux  saisons : on travaille aux champs l’été et à la mine l’hiver. J’ai un fabricant de pipes dans ma lignée : Gaspard BOLOME né le 22/07/1768 à Villerot. Il ne gardera pas ce statut toute sa vie puisqu’il était journalier à son décès. Il y a un cabaretier. C’était souvent un métier pris en fin de carrière par des mineurs blessés ou fatigués. Tendance qui se confirme pour mon aïeul François BERTIAUX né le 18/3/1804 à Pâturages, mort à l’âge de 62 ans et qui a été mineur plus jeune.

Graphique circulaire montrant la répartition socio-professionnelle des ancêtres borains de la 4e à la 8e génération : 35% Mines et industries, 30% Journaliers, 20% Travail domestique.
Une écrasante majorité ouvrière : mon analyse statistique révèle que 85 % de mes ancêtres travaillaient dans les mines, l’industrie lourde, le travail domestique ou en tant que journaliers.

Le rôle crucial (et méconnu) des femmes travailleuses

Et les femmes, me demanderez-vous ? Même si on observe quelques mentions « ménagères », les femmes de ma lignée ont été des travailleuses, elles ont été journalières, tisserandes et même marchandes de cendres pour la verrerie. Elles participaient à la survie de la famille en amenant des revenus.

Y a-t-il eu une quelconque ascension sociale ?

Oui. Là je vous donne les résultats de la 4e génération à la 8e génération avant moi et ce, afin de préserver la vie privée de mes ascendants directs. Mais oui, avant la 4e génération, il y a eu une belle ascension sociale. Mais ma généalogie est celle d’une famille de bâtisseurs de l’ombre, de travailleurs qui ont porté l’économie industrielle à bout de bras. Il y a aussi une homogénéité sociale frappante : tout le monde travaille, souvent durement, et les femmes prennent part activement à l’économie familiale, locale et nationale.

Géographie et démographie : une famille ancrée dans le Borinage

Principalement à Ghlin et à Jemappes, dans le Hainaut. Parce que ce sont avant tout des ouvriers qui vivent au cœur des villes industrielles. On en trouve aussi pas mal à Quaregnon, Jurbise et Frameries. Vous le voyez, on n’est pas des grands voyageurs chez mes ancêtres. Peut-être que quand je m’intéresserai à mes collatéraux, j’y découvrirai davantage de nomades. J’ai déjà vu en reconstituant les fratries de mes ancêtres que pas mal de grands oncles ou grands-tantes ont quitté les terres familiales pour s’installer ailleurs.

Nuage de mots des lieux de naissance des ancêtres borains mettant en évidence Ghlin, Jemappes, Jurbise, Quaregnon et Frameries.
Panorama géographique de ma généalogie : un ancrage profond dans la région du Mons-Borinage, avec Ghlin et Jemappes comme épicentres familiaux.

Évolution de la longévité et taille des fratries

L’âge au premier mariage/enfant semble se situer entre 20 et 24 ans pour les femmes, ce qui est courant pour l’époque. Pour les hommes, l’âge varie entre 25 et 27 ans. La taille des fratries est importante : on fait entre 6 et 10 enfants par branche. La durée de vie, elle, varie beaucoup. On note quelques records (80-86 ans) qui contrastent avec des décès précoces (30-40 ans), typique de l’ère préantibiotiques. Et on le voit grâce à ce tableau : la longévité de mes grands-parents augmente drastiquement après l’apparition des antibiotiques en 1928. A l’inverse de la durée des mariages qui elle, diminue très fort.

Votre tableau Excel, un miroir de l’histoire familiale

Vous le voyez : avec un simple tableau Excel, on peut déjà dessiner un portrait assez complet sur sa famille et ce, avec quelques données statistiques. Certes, cela demande beaucoup de travail. Mais ce tableau Excel transforme des chiffres froids en destins parlants. Il immortalise mes ancêtres, des gens profondément borains. Et vous, vous avez déjà regardé vos aïeux au regard des statistiques ?

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