Quand l’arbre perd une branche : le déclic pour commencer sa généalogie

La perte d’un proche agit souvent comme un électrochoc. Quand une branche de notre arbre familial se brise, le besoin de comprendre nos origines devient plus fort. C’est ainsi que débute une recherche généalogique : par un deuil, une absence, un vide à combler. En retraçant les pas de nos ancêtres, on réapprend à se connaître soi-même, à relier les maillons (d’où ma métaphore des dominos) d’une histoire dont nous sommes les héritiers. Dans cet article, je partage comment la disparition d’un être cher a été le point de départ d’une réflexion plus profonde sur la place de chacun dans le monde.

Je pense que c’est un lieu commun de dire que l’on débute sa généalogie après un décès dans la famille. Surtout quand il s’agit d’un très proche, d’un parent en ligne directe. La première fois où j’ai manifesté un intérêt pour la généalogie fait suite au décès de ma grand-mère, je devais avoir dix-huit ans à peine. J’étais allée à l’administration communale demander les dates et lieux de naissance de tous mes grands-parents et de mes arrière-grands-parents. J’ai encore les bouts de papier que l’agente avait gribouillés avec ces précieuses informations. Elle avait ajouté que pour obtenir la suite, il fallait que je me rende aux « Archives de l’Etat », situé en plein cœur de Mons. A l’époque, pas encore motorisée, il m’était difficile de me rendre chaque samedi pour consulter ces précieux documents.

Le bruit sec d’un domino qui tombe

Vingt ans plus tard, au décès de ma Maman, j’ai commencé ma généalogie. Officiellement. Pas encore organisée mais motorisée, cette fois-ci, je me suis rendue aux Archives de l’Etat – qui avait entre-temps déménagé dans un endroit mieux situé, beaucoup plus moderne. De façon irrégulière, je me suis attelée à remonter mes premières lignes. Je voyais la famille comme une suite de dominos. Avec la disparition de ma Maman, je devenais symboliquement le dernier domino puisqu’il n’y avait pas d’autres pièces devant moi. Le jeu, même sans une chute de dominos – le mien -, avait changé d’équilibre. Des petites vies s’étaient alignées derrière moi pendant des siècles et je ne savais même pas de qui il s’agissait.

En dix ans, les modes de recherches ont beaucoup évolué

Il y a deux ans, sans véritable raison, tout s’est enchaîné et la généalogie est devenue mon centre d’intérêt principal. Les nouvelles technologies ont facilité mon travail. Beaucoup d’archives sont maintenant en ligne. Elles m’ont permis d’avoir accès des sources d’informations passionnantes et qui replaçaient ma lignée (devrais-je dire toutes mes lignées) dans l’Histoire. J’ai retrouvé le dossier de mariage de mes arrière-grands-parents maternels, déniché grâce au SAICOM le dossier professionnel de mon arrière-grand-père, mineur, retracé le parcours de mes deux grands-mères pendant la Seconde Guerre mondiale, découvert pas mal de lieux de vie d’ancêtres en ligne directe et de leurs enfants. Je consacrerai d’ailleurs un article complet sur le développement des nouvelles technologies en matière de généalogie.

Le mouvement de la lignée pour avancer

Qui est resté en Belgique ? Qui est parti en France ? Mes ancêtres sont-ils des nomades ? Des sédentaires ? Avec quelques pépites au programme comme un grand oncle parti vivre à Laon, une ville que j’aime particulièrement depuis une dizaine d’années sans  réellement savoir d’où cette affinité me vient.  Mais je reviendrai plus en détail dans mes prochains post sur les anecdotes étranges ou marrantes trouvées au fil de mes recherches. Vous le voyez, rien n’est figé. Quand une pièce tombe, elle ne disparaît pas, elle met la suivante en mouvement. J’étais devenue ce nouveau domino en mouvement en me lançant dans ma généalogie familiale.

Comment faire avec les pièces manquantes ?

Parfois, il manque des pièces. Malgré tous nos efforts, on ne la « retrouve » pas. C’est arrivé avec mon arrière-grand-père paternel. En débutant ma généalogie, j’avais un objectif : découvrir la date de naissance de mon arrière-grand-père Frantisek. Au bout de douze ans, force est de constater que tous mes efforts pour la découvrir, en Belgique ou en République tchèque, toutes mes tentatives sont restés vains. Je ne sais toujours pas. Certaines pièces manquent mais l’Histoire continue. Mon arrière-grand-père est donc devenu, ce que j’appelle « un mystère sacré ». Je ne connais pas sa date de naissance, ceux qui l’ont précédé mais il fait quand même partie d’un « tout » dont je suis une des finalités. Même absent, le domino garde une influence. A vous de voir quelle influence vous voulez lui laisser prendre.

Est-on vraiment libre dans nos choix de vie ?

L’influence de ces ancêtres, ainsi que celle d’autres figures dispersées ici et là dans ma généalogie, semble éclairer bon nombre de mes choix jusqu’à aujourd’hui, mais aussi ceux d’autres membres de la famille. Beaucoup de décisions qui paraissent surgir de nulle part trouvent en fait une explication. Pourquoi avoir choisi telle rue plutôt qu’une autre pour s’installer ? Tel métier plutôt qu’un autre ? Tel hobby plutôt qu’un autre ? Tel type de films plutôt qu’un autre. En reconstituant cette chaîne de causes et d’effets, j’essaie de mettre de la cohérence à cette succession de dominos. Je suis convaincue que ce travail, même inconscient, contribuera à apaiser et guider d’autres branches de la lignée, actuelles ou futures. C’est ce que l’on appelle la psychogénéalogie, ou l’analyse transgénérationnelle. Je vous parlerai aussi de cette thématique sur ce blog avec des cas concrets.

Une mémoire vivante et beaucoup plus ancrée

La perte d’un proche renvoie à sa propre finitude. Que vais-je laisser après moi ? Elle ancre dans la vie. La généalogie est un très bon moyen de renforcer régulièrement cet ancrage. Depuis que je me suis lancée dans cette passion, je regarde ma famille autrement. Quand j’ouvre mon arbre généalogique, les dates me semblent plus concrètes, à replacer dans son contexte historique, économique et social. Je suis devenue beaucoup moins critique à leur égard. Chacun agit avec les moyens qu’il a à sa disposition, après tout. Chaque acte de naissance pose dans la foulée une autre question : qu’est devenu cet enfant ? Chaque acte de décès renvoie à un deuil quel qu’il soit, aux retombées diverses et variées sur les autres membres de la famille. Mais à travers les registres, j’ai compris autre chose : un domino qui tombe ne rompt pas la chaîne, il transmet un élan. 

Des dominos tombent les uns après les autres, symbolisant la transmission et le mouvement invisible d’une génération à l’autre.
Comme une ligne de dominos, chaque vie transmet son élan à la suivante, sans toujours le voir venir.

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